Eros et la cinquième corde.

Publié le par Drinkel

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Le cinéma marocain continue à frayer sa voie à tâtons en ouvrant des brèches ça et là, en quittant  les sentiers battus et les chemins balisés. La douzième édition du festival de Tanger fut de ce point de vue un véritable kaléidoscope de genres et de thèmes. Histoire, docu fiction, thriller d’avant-garde, cinéma d’auteur, érotico culturel façon Mishima, du social pur et dur, tout ça et plus encore. Quelques percées et beaucoup de ratage.

 

montagne rifaine

 

Meghiss de Jamal Belmejdoub. La guerre du Rif est une mine d’or où les cinéastes peuvent puiser à volonté. Le personnage d’Abdelkrim à lui seul, et ses combats légendaires contre le colonialisme franco-espagnol ont de quoi nourrir les plumes les plus desséchées. Il a dirigé le plus grand sursaut historique du Maroc  contre la domination occidentale, et tenu tête à deux maréchaux de France, des dizaines de généraux, à toute l’armada de Primo de Rivera et infligé les pires défaites qu’une armée coloniale ait jamais subie, bien avant Bien Dien phu et Hanoi. Que Jamal Belmejdoub ait voulu filmer l’après bataille de Dhar Oubarrane (et quelle bataille, je renvois les lecteurs au récit palpitant de Nicolas Courcelle et Vincent  Marmié dans La guerre du rif)) est une idée intéressante, qu’Il ait cherché à restituer le cadre général (parler rifain et espagnol, coutumes locales) est une bonne chose.51UdQ0AmqiL. SL500 AA240

 

Mais la démarche dans son ensemble manque de crédibilité, le réalisateur ayant privilégié la petite histoire, et des scènes de guerre mal filmés avec des femmes qui hurlent et gesticulent et des personnages qui manquent d'épaisseur . Pour qu’un tel projet ait pu aboutir il eût fallu s’entourer d’historiens et d’anthropologues, orchestrer la chorégraphie minutieuse des événements, filmer dans les contreforts majestueux où les faits ont vraiment eu lieu, et respecter le plus possible la vérité historique. 

 

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Autre film qui m’a laissé sur ma faim : Libres d’aimer d’Abdelhay Laraki. Encore un thème intéressant, l’initiation sexuelle dans  le milieu traditionnel et le conflit du désir et la Loi. Sexualité et médina, transgression des tabous dans   la maison d’un  adoul  (pour les non arabophones, notaire qui dans la jurisprudence islamique  rédige les contrats de mariage). En effet, le jeune Thami, fils d’un théologien adoul  n’a qu’une idée en tête : ouvrir une boucherie au grand dam de son père qui imagine  un avenir meilleur pour son fils : s’inscrire dans la lignée de l’élite citadine, La khassa opposée aux gens du commun qui embrassent des métiers vulgaires. Mais les choses ne s’arrêtent pas là car le jeune diable manifeste des appétits sexuels débridés. On le marie. Mais rien n’y fait. Il n’a d’yeux que pour les clientes sensuelles  . Et c’est Zineb, jeune épouse qui succombe à ses avances et finit par partager son lit dans la  maison paternelle, celle du fqih adoul

 

 

 

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 Omar Lotfi (l’acteur qui s'est imposé dans  Casanégra) n’est pas crédible dans le rôle de boucher de la médina. Les scènes érotiques manquent d'audace et d'intensité . Vous me direz qu’on est dans un pays islamique. Mais tout est dans la suggestion. Les scènes dans la maison close et le hammam sont plus réussies, avec  Amel Ayouch dans son rôle de matrone complice . Mais ça ne dure pas longtemps…Les personnages qui représentent la loi (le mokaddem et le père ne son pas assez travaillés). Il eut fallu regarder du côté de Mishima et Pasolini. On n’en est pas encore là. Mais la voie est ouverte.

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Autre percée qui mérite une suite, le film de Selma Bargache La cinquième corde. Pour ceux qui ne le savent pas... la cinquième corde est celle que le grand compositeur arabe Ziriab a ajoutée à son luth pour jouer la musique qu’il a composée en émigrant de Baghdad à Cordoue. Le titre nous transporte d’emblée dans l’univers mythique de la musique andalouse. Et Andalousie(s) s’écrit au pluriel n’est-ce pas ? Avec Selma Bargache nous revisitons Essaouira, Tanger, des palais et des demeures sublimes. Des personnages  à l’allure majestueuse, comme Hichem Rostom avec sa canne et son allure de bey d'une autre époque, de jeunes éphèbes qui n’ont d’yeux que pour leur maître et rêvent de connaître le secret de la cinquième corde.

 

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Mais le spectateur reste sur sa faim.... Dommage, car ni la musique , ni l’intrigue laborieusement contée ne suscitent chez le spectateur émotion et intérêt. Heureusement qu'il y a de beaux décors et de belles images des lieux mythiques ou le film a été tourné (Essaouira, Tanger...) 

 

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