Adieu l'ami...(2)

Publié le par Drinkel

Je n’ose plus aller sur facebook de peur d’apprendre de mauvaises nouvelles. Les amis tirent leur révérence l’un après l’autre et le désert croît. Hier encore j’ai appris la disparition d’un ami, Ghazi Fakhr Abderrazak, un soldat inconnu qui a plus fait pour le septième Art dans notre pays que bien des fonctionnaires  des ministères de la Communication et de la Culture réunis …Ghazi n’était ni un intellectuel ni un idéologue, ni même un cinéphile au sens étroit du terme mais un formidable homme d’action qui a mis son énergie et son aptitude au travail et à l’organisation au service du cinéma. Pionnier du mouvement ciné club dans notre pays il milita au sein du Club de l’Ecran de Fez et fit partie dès le début du Bureau de la Fédération nationale des ciné-clubs où il devint très vite la cheville ouvrière et s’occupa de tâches bien concrètes comme l’approvisionnement en films de la zone Nord et de l’orientale sans salaire fixe ni même un véhicule approprié. C’est sur sa moto qu’il transportait les bobines de Wajda, Tarkovsky, Chahine et Fassbinder pour les envoyer ensuite aux associations dans les villes et villages reculés par CTM et par train…Les films de Werner Herzog, Wim Wenders, Fassbinder, Kluge c’était lui…Cendres et diamants, la phrase inachevée, La terre de la grande promesse c’était encore lui. Quand un problème se  posait je partais le chercher au Collège Bab Riafa non loin d’El Batha à Fez et j’avais mes Bergman et autres Saura…Il transportait toujours des cartons d’épicier où il gardait ses documents et ses fichiers de comptabilité et on se demandait comment il se retrouvait dans ce fatras. Pourtant les ciné-clubs fonctionnaient mieux que les Offices et autres ministères de l’Etat. Et à l’époque il n’y avait ni ordinateurs ni portable. Pourtant ça communiquait, et comment ! Les films arrivaient au fin fond du pays et les jeunes de Oued Zem, Guercif, Larache découvraient émerveillés l’histoire du cinéma.

Durant les rencontres maghrébines et internationales (les précurseurs des festivals d’aujourd’hui), Ghazi veillait au grain et s’occupait de nourrir tout ce beau monde. Le poisson frais c’était lui, la soupe avec ou sans soupière c’était encore lui…Je me souviens de l’été 74 où il m’arrivait de l’accompagner au marché du port de Mohammedia pour nous approvisionner en poisson à la veille de la rencontre maghrébine des ciné-clubs. Ghazi veillait à ce que rien ne manquât aux cinéphiles réunis cet été au Centre Claude Monnet. Et durant les débats il se chargeait personnellement de rappeler à l’ordre les invités qui préféraient le sable fin de la plage Mimosa aux discussions sur le rôle du cinéma dans la construction du Maghreb.

Ghazi que Dieu ait son âme avait un péché mignon. Il aimait raconter des histoires interminables sans se préoccuper de la fatigue éventuelle de son interlocuteur. Il jouissait d’une mémoire prodigieuse et se rappelait avec précision les plus petits détails. Mais on ne s’ennuyait jamais avec lui. Et puis il avait le sens de la générosité et de l’hospitalité. Je n’osais pas lui dire quand j’allais à Fez que je prenais une chambre d’hôtel de peur d’être réprimandé par lui. Il reçut dans sa maison modeste dans les nouveaux quartiers de Fez des invités et des critiques illustres notamment Tahar Cheriâa qui devint l’ami de la famille. Les dernières années je le savais malade mais je ne pensais pas qu’il allait nous quitter de sitôt. Adieu l’ami et merci pour La terre de la grande Promesse !

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mouna 17/02/2013 22:54

merci pour ces paroles réconfortantes qui réchaufent nos coeurs pdt ces moments difficiles
Merci Mr DAHAN , merci papy Ghazi pour une nuit au dessus du chili, merci pour les films de "Michel Khalifi que nous avons reçu chez nous et qui nous racontait comment il "fesait" sortir
clandestinement des tgerres occuppées ses bobines via les ambulances de la croix rouge , merci à mon papa de m'avoir choisi un parrain comme le feu "TAHAR CHERIA" merci de m'avoir acheté
clandestinement aussi des cassettes de marcel khalifa merci pour les moments partagés avec certains acteurs , certains réalisateurs (que des fois à contre coeur , car je ne voualis raté aucun
moment avec eux je concoté des spécialités Fassi avec ma maman , merci papa pour m'avoir transmis aussi ta franchise, ta droiture et surtout ta modesté.