La bande de Casa.

Publié le par Drinkel

            LAutreDeux festivals plutôt qu’un. Pour la première fois je peux suivre en même temps deux grandes manifestations cinématographiques. La première, vous l’avez compris c’est le rendez-vous annuel du cinéma marocain de Tanger qui vient de s’achever avec un Palmarès attendu à quelque surprise près. J’y reviendrai. Le second événement, à l’échelle planétaire celui-là, est la tenue pour la première fois sur Internet d’un festival cinématographique entièrement dématérialisé et virtuel, consacré au cinéma français. Dans un communiqué de presse diffusé par les organisateurs (Unifrance film et Allociné) le 28 janvier dernier, le nombre de spectateurs ayant visité le site du festival avait déjà atteint le chiffre de 255,000 visiteurs. Avec les nouvelles technologies il n’est plus nécessaire désormais d’être cinéaste ou critique pour assister à un festival et découvrir des chefs d’œuvre du cinéma mondial. Et c’est une opportunité qui n’a pas de prix quand on est en Afrique par exemple, où des villes comme Dakar ou Nouakchot ne disposent pas de salles de cinéma. Pouvoir voter, s’exprimer dans des sites et des blogs sur un film vu par des milliers de spectateurs de différents pays, échanger ses impressions et partager ses goûts, c’est quand même une précieuse opportunité.web-complices-tatouage

            Commençons d’abord par Tanger. Festival unique pour une ville unique. Toutes les générations confondues qui font le cinéma marocain se retrouvent à Tanger. C’est là qu’émergent les nouveaux talents, se nouent les amitiés et naissent les projets. Entre la salle du Roxy, les Hôtels Rembrandt et Chellah, la Cinémathèque, dans les salons du Rif et au  Minzah, un va et vient continu rythmé par les projections et les débats houleux, les retrouvailles et les nouvelles rencontres…Et gare aux retardataires face aux vigiles inflexibles du Roxy quand bien même ils seraient Langlois où Saïl en personne. On ne dérange pas les pèlerins de Tanger !

            L’édition de cette année a été marquée par l’apparition de nouveaux talents. De l’air frais et une  insolence tonifiante. Beaucoup d’humour et quelques gros mots. Casa négra  fait des émules mais attention aux excès, ça indispose. Parmi les nouveaux venus Mohamed Achouar et Fatym Layachi, un couple drolatique et attachant. Lui, réalisateur en puissance qui cherche désespérément un sujet,  elle sibylle qui papillonne et ne craint pas la lumière. Ils s’aiment comme dans les premiers films de Godard, les citations en moins. Ta ligne de chance, ta ligne de hanche…S’y ajoute un troisième luron, Fehd Benchemsi et on bascule dans Jules et Jim (Truffaut). Mais là s’arrête la comparaison. Le film intitulé de manière prosaïque Un film exprime le désarroi des jeunes confrontés au mal être, à la difficulté de s’aimer, de rester ensemble, aux rapports avec les parents dans une société terriblement conformiste.  A ton âge…Et quand est-ce que tu vas te marier et faire des enfants…etc…etc.. Alors le cinéaste en herbe se réfugie dans l’alcool et le sexe, fait jouer à sa dulcinée des numéros inspirés (Marilyn Monroe, Chaplin…). Mais peu à peu le doute s’installe, la muse s’éloigne, et le film sombre dans le pathos et le monologue stérile…Et là, c’est d’un bon scénario que t’as besoin mon cher Aouchar, d’une vraie histoire pour que ta muse reprenne un second verre de téquila en te jetant un regard complice.

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            Côté jeune encore la surprise est venue de Casablanca, avec The end  du cinéaste Hicham Lasri, une sorte d’ovni dans le paysage cinématographique marocain. De mémoire de spectateur je n’ai jamais eu autant de mal à suivre le rythme haletant imposé par l’auteur dans ce film protéiforme où se mêlent les genres et les styles. Hicham Lasri n’en fait qu’à sa tête et suit son imagination débridée en mélangeant allégrement  rock métal et  culture des bas-fonds d’un Casablanca monstrueusement composite. L’action du film est située de manière très précise en Juillet 1999, quelques jours seulement avant la mort du roi  Hassan II. Et ce choix n’est certainement pas fortuit de la part de Lasri qui cherche ainsi à interpeller le spectateur sans prétendre à aucun moment faire un film politique. Or son film l’est par le choix des personnages, le commissaire Daoud décrit comme le « Pit-bull du makhzen », prototype du flic pur et dur de l’époque Basri, « inutilement cruel » et fascisant à l’excès. Et puis cette histoire de vengeance d’une fratrie dont le père fut sauvagement torturé avant d’être assassiné par le commissaire Daoud. Lasri ne nous en dit pas plus sur cette « affaire », et on ne saura jamais s’il s’agit d’un crime politique où  relevant du droit commun. Le réalisateur fait allusion à l’insurrection de 1981 à Casablanca (les émeutes du pain), instrumentalise les chansons de Nass El Ghiwane et Jil Jilala, qui font partie de l’air contestataire de cette époque. Lasri prétend simplement raconter une histoire, avec beaucoup d’action, des scènes de poursuite et des tueries mémorables, avec une caméra vertigineuse et moult effets spéciaux. Des personnages directement sortis du Bronx parlant un « casaoui » très spécial, et un amoureux camé comme on en voit dans la contre-culture. C’est le nouveau cinéma marocain, loin du cinéma de Papa et du ton raisonnable des pionniers. Des années lumière séparent Lasri de Moumen  Smihi où Hamid Bennani.

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Normal, il est né en 1977, sept ans après Wechma. Les acteurs sont excellents dans ce film à commencer par Ismail Kanater dans le rôle de commissaire, plus vrai que nature au point où ç’ en est intrigant. Renseignement pris, cet acteur qui de l’avis de beaucoup de participants au festival mériterait le prix d’interprétation masculine, vit et travaille à Los Angelès depuis trente ans. Nous l’avons vu ensuite dans le film de Majid Rechiche « Mémoire d’argile » où il a fait preuve d’un talent égal. (A suivre).

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