Il court...il court, le cinéma marocain.

Publié le par Drinkel

karkobiLe court métrage est en train de révolutionner le paysage cinématographique marocain. Ce qui est considéré comme simple exercice, sorte de diplôme pour accéder au format plus « sérieux » du long métrage, est le ferment qui révèle les génies de demain. C’est devenu une règle depuis quelques éditions du festival de Tanger : celui qui remporte le prix du court rafle les prix longs métrages du festival suivant. Mouftakir en est le meilleur exemple. Et cette année Hicham Lasri a confirmé la règle même s’il n’a eu que deux prix (prix spécial du jury et prix de la critique). L’année dernière sa participation au film collectif sur le sida avait retenue l’attention du jury et de la critique.

adil-fadilizinoun On se trompe si on considère le court-métrage comme un genre mineur. Comme le conte ou la nouvelle par rapport au roman, le film court montre l’aptitude à l’expression visuelle par le plan, et le degré de créativité de celui qui prétend raconter des histoires avec des images. L’économie du style y est impérative et toute redondance condamne au désintérêt du spectateur. Alors la prouesse c’est de raconter une vie en seize minutes sans que l’attention du spectateur ne faiblisse un seul instant, et que tout ça se termine par une salve d’applaudissements. Le démiurge n’est autre que Aziz Fadeli, un autre « casaoui » de son état, qui avec Courte vie nous rassure sur l’avenir du cinéma marocain. Et je ne sais pas pourquoi j’ai pensé pendant toute la projection à Momo, le personnage de Roman Gary dans La vie devant soi, qui est le frère de douleur de Zhar (chanceux en arabe), tous deux malmenés par la vie jusqu’à en rire, d’un grand éclat, sain et libérateur. Tous deux ont reçu tant de coups qu’ils ont « gardé du bleu dans l’âme » mais sans jamais se départir de leur humour.

La vie devant soi - couvertureD’autres dans le registre de la gravité ont réussi à intéresser et émouvoir les cinéphiles du Roxy, comme Jihan El Bahhar avec Chapitre dernier, qui montre la douleur d’une femme touchée par le fatum et qui par amour pour son mari veut assurer le bonheur de celui- ci, quitte à lui trouver une remplaçante après sa mort annoncée. Une révélation, Yassmina Bennani comme un personnage de tragédie grecque, nous bouleverse par son interprétation sur musique de fond d’Erik Satie (les Gymnopédies). Cette actrice qui vit entre Paris et Casa a plus d’une corde à son arc et n’a pas encore donné toute la mesure de son talent. Elle attend encore son Eustache ou son Fassbinder. Vous êtes prévenus.

275499 1Je ne peux citer tous les titres courts parce que je ne les ai pas tous vus : Coup de soleil de Karim Debbagh est un exercice maîtrisé d’expression visuelle, presque muet avec une intensité dramatique qui ne faiblit jamais et un berger plus vrai que nature dans le rôle de berger. Je croyais voir Terre sans pain de Bunuel avec ces paysages arides du sud marocain et ces caprins qui disent la désolation du monde rural. L’actrice Fatima Attif dans Le Procès d’Abdelkrim Derkaoui a retenu l’attention par sa prestance et sa beauté, une sorte de Médée qui en veut aux morts. Munir Abbar montre son aptitude à narrer une histoire à rebondissements dans son Midi qui dure à peine dix sept minutes : un garagiste efficace montre à une femme « importante » tombée en panne que d’autres rapports, non mercantiles, sont possibles entre les êtres humains…

22571 1Gchapitreénéreux, inventifs, les réalisateurs des courts ne sont pas à court d’idées. C’est eux qui feront le cinéma de demain.

 midi

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