La chanson du Todra...

Publié le par Drinkel

tinghir

 

Le vrai cinéma révèle, donne à voir. C’est un merveilleux moyen de connaissance et d’exploration de mondes inconnus même quand ils nous sont proches. Le cinéma fait naître du désir, suscite en nous l’envie d’aller voir ailleurs. Par exemple soudain un nom, Todgha, vallée du même nom, une nature foisonnante au milieu d’ocres remparts, et une voix, celle d’un chanteur: Shlomo Bar. Il y a des apparitions miraculeuses, un visage qui vous était jusque là inconnu, et un morceau de montagne et d’enfance qui font irruption comme un rêve enfoui et toujours intact…

 

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On a beaucoup écrit et glosé sur le film de Kamal Hachkar, et oublié cette simple vérité qu’il parle de nous tous qui avons perdu un lieu, un  heimat , au sens fort que les allemands donnent au lieu de naissance. Peu de marocains peuvent se vanter aujourd’hui d’avoir gardé des liens avec leur terroir d’origine, leur tribu, ou même la médina où ils ont vu le jour. Alors les diasporas sont nombreuses et ne concernent pas seulement les juifs marocains partis en Orient de gré ou de force au milieu du siècle dernier. Les exodes, qu’ils soient vers les capitales européennes et le brouillard des pays du nord, ou vers le taudis des grandes villes marocaines, ou vers l’Orient mythique, sont un seul et même exil vécu douloureusement par ceux qui ont perdu à jamais leurs racines. Ce n’est pas le lieu  de revenir ici sur les causes historiques, politiques et économiques qui ont entraîné cet exode massif et privé le pays de ses composantes ethniques, religieuses et culturelles…Des politiques néfastes, le colonialisme, le sionisme et les idéologies intégristes y sont pour quelque chose…

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Reste que le film de Kamal Hachkar est un documentaire d’une grande qualité artistique et ethnographique, un témoignage bouleversant sur une communauté  déracinée et décimée à mille lieux de sa vraie patrie, ces contreforts de l’Atlas et ces vallées vertes qu’aucune  terre élue ne pourra égaler dans l’ imaginaire de ceux qui en furent exclus , surtout après la désillusion et le constat du retour impossible. Et je ne sais pas pourquoi ces paroles de Shlomo Bar chantant le Todgha m’ont ému si fortement :

"Chez nous à Kfar Todra,

 Au coeur des montagnes de l'Atlas,

 Quand un enfant atteignait l'age de cinq ans,

 On lui tressait une couronne de fleurs,

 Et on ceignait sa tète de cette couronne,

 Chez nous à Kfar Todra,

 Quand il atteignait ses cinq ans….

 

 

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