Critique dites- vous?

Publié le par Drinkel

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Qu’est ce qu’un critique de cinéma ? Il y a quelques difficultés à répondre à cette question et à circonscrire un profil type du critique cinématographique. Est-ce le cinéphile qui a vu beaucoup de films et qui sait en parler, et produit de temps en temps ou de manière régulière des textes sur le cinéma?Est-ce le journaliste  qui tient une rubrique cinématographique dans un journal ou une revue et l’alimente régulièrement? Est-ce un chercheur à l’Université qui enseigne la filmologie ou l’esthétique, ou l’Histoire du cinéma et produit à l’occasion des articles et des livres sur le sujet… ? Est-ce l’animateur télé (ou radio) qui commente les films programmés dans les salles ou diffusés sur les chaînes de télévision….Est-ce le bloggeur qui écrit ce qui lui passe par la tête parce qu’il n’est soumis à aucune censure ou une contrainte rédactionnelle ?

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On voit bien que le vocable est extensif et participe au flou artistique qui entoure la pratique ainsi nommée. Entre le cinéphile amateur, de bonne curiosité et l’homme d’écriture au sens que Serge Daney donnait à ce terme il y a  beaucoup de différences. De même qu’un théoricien et chercheur chevronné n’est pas un chroniqueur de dimanche. Il a fallu du temps et de l’expérience à Christian Metz, Marcel Martin, Tahar Cheriâa, Guy Hennebelle ou Lino Micciché pour devenir ce qu’ils sont, ou ont été. L’œuvre de Bazin continue à nous parler et a inspiré des cinéastes comme Rivette ou Rohmer,  des « critiques » et des philosophes comme Douchet et Deleuze. Dans le monde arabe, des critiques comme Samir Farid, Kamal Ramzy(Egypte) , Ibrahim Al- Ariss (Liban) , Salah Dihni (Syrie), Khémais Khayati (Tunisie), Ahmed Bejaoui (Algérie)… ont été des pionniers qui ont joué un rôle considérable pour la promotion du cinéma comme Art et Culture dans nos pays. Et dans ce cas, c’est autant leur production intellectuelle que leur « militantisme » cinématographique qui leur donne une légitimité en tant que vrais critiques de cinéma…

Selon le grand critique et historien du cinéma Henri Agel (France), trois qualités sont requises pour être un vrai critique de cinéma : la lisibilité, l’amour du cinéma et une vraie culture générale (cf. Feux croisés sur la critique de Jean-François Houben, ed. du Cerf, 1999). Je crois que ce sont bien ces qualités que j’ai appréciées chez les critiques que j’ai pu connaître soit directement soit à travers leurs œuvres. Il y a d’abord ceux que j’ai rencontrés dans le cadre des ciné-clubs et dont j’ai lu les œuvres ensuite, comme Guy Hennebelle.

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Je me souviens encore de sa venue à Meknés dans la première rencontre organisée par la FMCC au printemps 70. Il était encore en possession de ses moyens physiques avant la terrible maladie qu’il allait contracter  dans un festival africain et qui le condamnera  à l’infirmité pour le restant de ses jours. Il défendait âprement le cinéma militant en ces années d’espoir (on n’était pas loin de 68 ) et se faisait l’apôtre des cinématographies du sud, à leur tête les cinéastes d’Amérique du sud tels Georges Sanjines (Argentine) et Glauber Rocha (Brésil). L’Algérie lui tenait beaucoup à cœur parce qu’il y avait été journaliste  et qu’il avait connu le mouvement ciné-pop (les ciné-clubs caravanes) qu’il évoqua avec enthousiasme …Et à propos de clarté, je me souviens que Guy Hennebelle reprochait à Godard son langage hermétique et l’accusait de mystification…Même un Jancso n’avait pas totalement crédit à ses yeux (il l’accusait plus ou moins de révisionnisme à cette époque de main mise soviétique sur les pays de l’Est).

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Alain Bergala

Et je me souviens d’une polémique qui dura une bonne partie de la nuit entre Guy Hennebelle et un jeune professeur de français venu de  Marrakech  (Alain Bergala), ce dernier étant un fervent défenseur de Jean-Luc dont il avait vu vingt quatre fois Pierrot le fou en cette époque d’avant  la vidéo…Un jeune professeur de philo marocain s’en mêla (N.Saïl), devant un auditoire subjugué par tant de savoir et de dialectique ou les thèses de Patrick Lebel, Marcelin Pleynet et les avancées de l’Ecole de Prague ouvraient pour un nous des horizons insoupçonnés...(A suivre)

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Jeorges Sanjines 

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