Nous nous sommes tant aimés. (Grand Ecran)

Publié le par Drinkel

2Avec le recul, je me rends compte que l’émission du Grand Ecran avait été pour moi une sorte de blog qui me permettait de communiquer avec le grand public. J’ai toujours eu besoin d’une tribune pour partager mes gouts en matière de cinéma. Depuis le lointain Cercle Culturel de Meknés avec la séance du Lundi soir (69-70), et les séances du ciné-club (Mardi et mercredi à Meknés et vendredi à Rabat), j’ai toujours eu mon rendez-vous hebdomadaire pour célébrer le culte du septième Art. Mais la télé c’était une autre paire de manche. Il fallait suer et souffrir pour installer un plateau, s’abîmer les yeux pour trouver l’extrait de film adéquat, faire preuve d’audace pour approcher les célébrités, endurer mille épreuves pour obtenir un rendez-vous, disposer d’une caméra et d’une équipe à des heures impossibles…Un soir j’ai du faire patienter des cinéastes chinois dans leur ambassade à Rabat au-delà de minuit pour enregistrer un entretien…Heureusement que le thé de Shangaï et les confiseries chinoises  nous ont aidé à passer le temps. Quelquefois il fallait se lever tôt le matin pour saisir l’invité au vol, comme ce fut le cas avec Bertolucci à l’aéroport de Casa. Il avait une demi- heure de transit avant de prendre le prochain vol pour Rome et n’avait presque pas dormi de la nuit. Il accepta quand même de me parler du Conformiste, de Noveccento et de la stratégie de l’araignée devant son chef opérateur Vittorio Storaro médusé. Seule l’hôtesse  d’Air Italia vint interrompre l’entretien au moment du décollage…

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J’apprenais à manier la verticale pour insérer des images fixes et à me faufiler entre les câbles et les crissements de machine dans le brouhaha indescriptible des salles de montage. Après plusieurs essais j’ai trouvé le technicien parfait, la perle rare, S.B qui n’avait qu’un défaut, très partagé par ailleurs dans la rue El Brihi : Il fonctionnait au pinard comme les machines à l’électricité. Il était d’une endurance à toute épreuve et avait une grande concentration au travail. Je l’appelais œil de lynx parce qu’il repérait le photogramme recherché tandis que la machine défilait à toute vitesse. Il prenait un soin particulier à polir les images et veillait sur leur netteté pour ne pas laisser  prétexte aux gens du PAD (entendez commission de censure). Je m’occupais du reste : convaincre Youssef Chahine à accepter une interview sur la plage en maillot de bain. Il sera filmé en chemise, en plan américain pour ne pas heurter les sensibilités traditionnelles. Faire parler ensemble Agnès Varda et Jane Birkin avec leurs enfants qui ont grandi depuis…Cela ne m’empêchait pas de subir les foudres d’une certaine presse qui me reprochait entre autres de faire parler mes invités dans leur langue…Comment faire autrement quand on sait les difficultés du sous-titrage et surtout le manque de moyens à cette époque où on devait jouer l’homme orchestre pour assurer une certaine régularité et le rythme infernal d’une émission hebdomadaire, qui plus est ne disposait pratiquement pas de budget…. En fait mes détracteurs étaient de mauvaise foi et le plus célèbre d’entre eux A.L est venu s’excuser plusieurs années après, mail le mal était fait…

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Je voulais faire du Grand Ecran une sorte de revue didactique pour initier le grand public au Maroc, à l’Histoire du septième Art, et présenter les grandes tendances du cinéma mondial. Je multipliais les prétextes pour confectionner des dossiers, avec des moyens de fortune (extraits de films  photographies et commentaire que je rédigeais dans un langage accessible, cette partie en arabe classique facile). Je pense que bien des cinéphiles marocains, aujourd’hui adultes,  ont été sensibles à ce travail de vulgarisation que j’avais déjà entamé avec mes camarades dans le mouvement ciné-club et que je continue d’une manière ou d’une autre aujourd’hui…J'ai consacré des dossiers aux cinéastes qui ont marqué l'Histoire du cinéma (Fellini, Visconti, Welles, Hawks...), fait connaître les cinémas d'Afrique et d'Asie, multiplié les interviews avec les cinéastes africains et arabes de passage au Maroc(Cissé, Noury Bouzid, Youssef Chahine, Salah Abou Seif, Lakhdar Hamina....). Et à l'occasion de ces interviews je présentais des dossiers spéciaux sur les cinématographies des pays concernés (Cinéma tunisien, japonais, syrien, algérien...). Bien des jeunes et moins jeunes découvraient grâce à cette émission la richesse de l'univers cinématographique à un moment où les revues de cinéma étaient inexistantes au Maroc et où la télévision par satellite n'avait pas encore envahi les foyers...

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Tietie007 10/01/2012 05:01

C'est vrai que c'est bien de partager son amour du cinéma, je le fais désormais sur mon blog.