Werner Herzog de retour

Publié le par Drinkel

4228636944_2a791248ab.jpgHier je suis allé à Casa voir Bad lieutenant : escale à la Nouvelle Orléans de Werner Herzog. Cela faisait un moment que je n’avais pas vu de films en salle après le marathon des festivals (six en moins de six mois). Accalmie printanière qui s’est répercutée sur l’état de mon blog…Donc balade sur la corniche de Ain Diab, cela vaut le détour après les travaux d’embellissement. Ensuite direction complexe Mégarama pour la séance de dix sept heures. Le nom de Nicolas Cage sur l’Affiche m’a définitivement confirmé dans le choix du programme. Depuis Leaving Las Vegas je suis un inconditionnel de l’acteur californien. Il excelle dans les rôles de looser risque tout, accro à tout ce qui peut atténuer le mal de vivre et reculer les barrières de l’ennui. Et puis cet air désabusé, revenu de tout et sachant le prix de chaque instant qui reste à vivre.3888040416_5f271fcdde.jpg Dans ce remake (il y a bien sûr la version de Ferrara 92), Nicolas cage campe le rôle d’un flic toxico anarchiste du nom de Terence McDonagh. L’action se passe à La nouvelle Orléans juste après le passage de l’ouragan Katrina. La plupart des caves sont englouties y compris les cellules des prisonniers dont l’un crie au secours pour échapper à la noyade et aux morsures de serpents marins. C’est alors que McDonagh saute pour sauver le détenu et se casse une vertèbre ce qui va lui occasionner des douleurs atroces que seules les drogues dures pourront calmer sur prescription médicale. McDonagh n’est pas démobilisé pour autant. Connu pour sa perspicacité, il est chargé par son supérieur d’enquêter sur le massacre d’une famille de sénégalais par un gang de trafiquants de drogue. Ça c’est pour l’anecdote. Mais Herzog Werner cherche manifestement à se faire plaisir en dépeignant un univers aussi étrange que sympathique, celui de la nouvelle Orléans avec ses animaux rampants : iguanes et alligators circulant en liberté dans les vastes demeures et au bord des autoroutes, vieux couples alcolos, filles au grand cœur qui pratiquent honnêtement le plus vieux métier dans leurs appartements cleans, héros sportifs qui aiment la marijuana…Herzog grossit les traits à dessein et semble s’éclater en faisant agir les personnages au gré de ses fantaisies. Une symphonie de la cruauté gratuite où les personnages semblent se délecter de leur cynisme (McDonagh qui se sert lui-même dans une pharmacie et la met à sac parce que la tenancière s’attarde au téléphone). Dans une autre séquence il enlève le tuyau d’intubation qui permet à une vieille femme de respirer alors qu’elle était chez sa coiffeuse pour obliger cette dernière à révéler l’endroit où se trouvait son petit fils témoin d’un meurtre. La scène du carnage final relève du pur burlesque : un mafieux dont le corps est troué de balles se met à voltiger et semble jouer du rap, et quelqu’un dit : « c’est son âme qui continue à danser ».

On est loin du cinéma pur et dur des seventies auquel nous a habitués Werner Herzog, quoique dans la démesure il soit resté égal à lui-même. On se souvient du bateau qu’il a déplacé par delà les montagnes dans Fitzcarraldo, de la folie du tournage d’Aguirre et ses conflits avec le terrible Klaus Kinsky qui ont failli atteindre le point de non retour. On se souvient de ses documentaires dont la veine poétique est inégalable (Fata Morgana). J’avais vu récemment Grizzly man en DVD (2005) et fut impressionné par cette mort en direct de l’homme qui a voulu apprivoiser l’ours blanc dans le Grand nord canadien avant d’être dévoré par la bête affamée pratiquement en se faisant filmer.

L’auteur de Gaspard Hauser, de Woijek, des nains aussi ont commencé petits…semble à présent plutôt assagi. Aux dernières nouvelles il aurait élu domicile en Californie après avoir sillonné le globe durant quatre décennies. Ce marcheur infatigable (on se souvient de son  carnet intitulé Sur Le chemin de glace dans lequel il relate son voyage à pied de Munich à Paris durant l’hiver soixante quatorze, livre qu’il a dédié à Lotte Eisner, historienne du cinéma allemand) est le continuateur du romantisme allemand et d’une philosophie vitaliste d’inspiration nietzschéenne. Avec Kluge, Schlöndorff, Wenders, Fassbinder, il fait partie de ce mouvement cinématographique qui a profondément marqué la sensibilité des cinéphiles dans les cinq continents.poster-false-move.jpgSimple coïncidence : avant de commencer cet article j’ai revu quelques passages du film collectif L’Allemagne en automne, notamment l’épisode où Fassbinder évoque le rapt et l’exécution du patron des patrons Hans Martin Schleyer (1977). J’ai été frappé par le degré d’implication des cinéastes allemands pour leur Art, et le souci qu’ils manifestaient pour rendre compte des réalités de leur société. Un homme comme Fassbinder semblait faire corps avec ses films au point où la frontière entre le vécu et la fiction disparaissait totalement.

Un dernier point : L’Amérique semble représenter l’horizon ultime pour de nombreux cinéastes allemands. On se souvient de Fritz Lang, Murnau, Eric Von Stroheim  et plus près de nous Wenders. Comme Herzog, ce dernier a été tenté par le film noir. On se souvient de Hammett inspiré du personnage de Dashiel Hammett, créateur du roman policier. Exercice de style ou passage obligé ? Faut-il penser que les cinéastes européens ont besoin de se mesurer à leurs pairs outre atlantique pour se confirmer à leurs propres yeux ?3888041648_abdb55e784.jpg

 

Publié dans films de ma vie

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