Villes et Films

Publié le par Drinkel

 

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Habiter est devenu le problème principal des sociétés humaines. Depuis Aristote l’homme est défini comme bâtisseur et constructeur d’édifices. La ville, qu'elle soit petit bourg ou vaste agglomération où s’entassent les multitudes est le lieu privilégié du cinéma sans être son cadre exclusif. C’est devenu une banalité de dire que la ville a marqué toute l’histoire du cinéma, depuis sa naissance dans la rue Montplaisir devant l’usine des frères Lumière à Lyon en 1895. Depuis, les villes n’ont cessé de hanter nos rêves de cinéphiles. Des rues et des places seulement visitées dans les salles obscures font leur apparition dans nos songes et travestissent nos désirs intimes. Etait-ce Alexandrplatz ou une rue dallée de Prague, un film d’Antonioni où celui d’Angeloupolos  qui ont inspiré mon rêve de la nuit dernière et donné envie d’écrire cet article ? Les films nous enchantent ou alimentent nos cauchemars. 

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Le cinéma est né à peu près au même moment où l’architecte espagnol Ildefonso Cerda a utilisé le mot urbanisme pour désigner la nouvelle science qu’il entreprit de fonder et qui avait pour objet de produire et organiser l’espace urbain. Dix ans après le tournage du premier film par les frères Lumière fut créé le premier département de sociologie urbaine dans la fameuse université de Chicago.

Le cinéma s’est développé à l’aube du 20ème siècle au même moment où Marinetti déclarait dans son manifeste du futurisme : « Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou la révolte ; les ressacs multicolores et polyphoniques des révolutions dans les capitales modernes… » Les artistes du mouvement considéraient que la ville était  plus belle qu’un paysage naturel. Tous les éléments urbains étaient admirés pour leur beauté, en particulier l’automobile. « La splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile rugissante qui a l’air de courir sur la mitraille est plus belle que la victoire de Samothrace ». Marinetti exalte aussi la beauté des moyens de destruction de l’époque, qui illuminent le ciel  et ravagent les villes. Le cinéma héritera de cette fascination jusqu’à en faire sa thématique centrale au sein du cinéma hollywoodien.

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L’Histoire du cinéma est celle des villes. Il n’y a pas d’objet qui soit mieux documenté que la ville, tout au moins pour la période contemporaine.. La ville, c’est le profilmique par excellence, indépendamment de la valeur artistique des œuvres. Même un mauvais film garde la trace de la réalité urbaine captée par la caméra. Et grâce aux films nous pouvons suivre l’évolution des cités et leurs métamorphoses, retrouver le vieux  Paris avec les Halles et Montmartre (French cancan), se promener à Berlin du temps de la République de Weimar (Alexanderplatz) ou dans  les années d’après guerre dans Allemagne année zéro. Il y a des villes et des lieux qui nous sont devenues familiers, même si on n’y a jamais mis les pieds. Qui ne connaît la Place Saint-Marc à Venise ou  la fontaine de Trévi à Rome où s’est baignée Anita Ekberg ? Et la Sagrada Familia à Barcelone où Jack Nicolson a rencontré Maria Schneider dans Profession reporter?

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Il serait fastidieux, voire prétentieux de refaire l’histoire du rapport ville/cinéma. On peut cependant parler de certaines villes et de certains films, de la manière avec laquelle certains réalisateurs ont appréhendé la ville soit comme décor des histoires qu’ils racontent ou bien comme personnage à part entière, comme dans certains films de Wim Wenders ou ceux de Salah Abou Seif. 

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