Palmarès

Publié le par Drinkel

009122009154053000000fissures.png« A Tanger on n’est pas dérangé ». C’est le refrain de la chanson qui ponctue le film de Hicham Ayouch, Fissures, qui a crée la surprise au dernier festival du cinéma marocain. En remportant le prix de la première œuvre ce film prouve s’il en était encore besoin que le cinéma n’est pas seulement affaire de gros sous et de logistique sophistiquée. Tourné semble t-il avec une mini DV, puis « gonflé » (on s’en rend bien compte par la qualité artisanale de l’image), le film n ‘en retient pas moins l’attention du spectateur qui se laisse peu à peu  prendre au jeu de ce trio aussi savoureux que sympathique. Jamais les acteurs n’ont été filmés avec une telle fluidité et un tel naturel dans le cinéma marocain. Du Cassavetes je vous dis. Et cet acteur plus vrai que nature, Abdesslam Bounouacha qui joue son propre rôle dans la vie, une sorte de Gainsbourg tangérois, aux prises avec l’amour et la mort dans la nuit du détroit. Mais où est ce que Ayouch a déniché tout ça, cette Marcela venue d’un Certao lointain, est-ce la petite fille de Vidas Secas qui a grandi aux abords des grottes d’Hercule, ou Circé la magicienne qui recueille ses  deux amants dans la baie de Punta Cérès ? Et ce Noureddine Denoul au visage évident d’une amitié de toujours. Il sort de prison lui ? Cette parcelle de la planète qui va d’Asilah à Tétuan a retrouvé son image, une douceur infinie aux pieds des sommets abrupts du Rif. C’est du cinéma je vous dis.

Et puis il y a eu Pegase. Du Jancso 2010. Ça tarde à venir mais ça vient. Méritoire mais pas léger. Du noir et blanc avec des chevaux, de temps à autre la couleur. On dirait du Tarkovsky. Mais attention aux faux frères. Je préfère du Mouftakir modeste. Ses courts emportent mon adhésion. J’étais ému par la prestation de son actrice dans Terminus des anges et auparavant par son chant funèbre. Mais j’apprécie sa maîtrise de metteur en scène dans le film qui a remporté le Grand Prix. C’est prometteur.

Le jury a été vache avec les vieux. Normal. La jeune génération voit les choses autrement. J’étais le seul between et je ne pouvais infléchir le vote malgré l’amitié qui me lie au Président sexagénaire Timité Bassoré et la complicité d’Yto Berrada la plus jeûne. Enfin on a sauvé ce qu’on a pu. Deux ou trois films méritaient plus d’encouragements. Des acteurs et des actrices talentueux ont été écartés injustement. Et j’aimerais redire à cette occasion ce qu’à dit mon ami Mama Quita, cinéaste guinéen qui était au jury du dernier festival de Khouribga : « Après tout ce n’est que l’avis de sept personnes ! ». 

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