L'enfance nue. A propos de La Pivellina.

Publié le par Drinkel

Le sujet de l’enfance a été  le thème dominant de la dernière édition du festival du film de femmes de Salé, au point que le jury a inventé un prix spécial pour rendre hommage à la prestation extraordinaire des enfants qui ont joué dans tous les films en compétition. C’est le cas de la petite Asia Crippa, à peine deux ans, dont le jeu innocent et le rire délicieux ont réchauffé les cœurs des spectateurs qui ont vécu un moment de grâce lors de la projection de La Pivellina (production italo-autrichienne). Film profondément humain sur le thème à risque de l’enfant abandonné, avec comme toile de fond la vie des gens du cirque, qui ont interprété leur propres rôles dans la réalité, ce qui donne une authenticité et une intensité particulières à cette oeuvre. La Pivellina raconte l’histoire de Aya, trouvée par hasard par Patty, une femme du cirque, « dure comme un diamant et tendre comme une mère ». Elle cherchait son chien Hercule quand elle vit cet enfant aux cheveux d’or bouclés, errant sur un terrain vague avec un papier indiquant son nom et une inscription de la mère : je reviendrai…avec une photo de famille déchirée. Patty emmène la petite à la maison après avoir attendu vainement l’apparition de quelqu’un. Elle finit par convaincre son mari réticent, qui redoute des tracasseries avec les autorités, qui voient toujours d’un mauvais œil ces marginaux du spectacle, d’autant plus que le couple a déjà recueilli un enfant abandonné, Tairo devenu un grand garçon qui habite une caravane à côté et fait partie de la famille du cirque. Alors, une nouvelle venue (La Pivellina) ?  C’est justement Tairo, heureux d’avoir une petite sœur,  qui va aider Patty à s’occuper de la gamine et à rechercher d’hypothétiques  parents qui ne reviendront jamais. Aya devient donc Asia dont on ne saura jamais si elle joue son propre rôle  dans la vie, et c’est tant mieux ainsi. En tout cas elle s’amuse comme une princesse, dirigée par la réalisatrice italienne Tizza Covi et filmée par le photographe Rainer Frimmel, cosignataire du film. Tous les acteurs ont une épaisseur humaine qui leur confère vérité et grandeur. Il y a d’abord l’admirable Patricia Gerardi,  dans le rôle de Patty que tous les enfants rêveraient d’avoir pour mère, drôle tendre et efficace. Dès qu’elle eût pris la petite dans ses bras nous fûmes soulagés. Et puis il y a Tairo Caroli, déjà en phase avec les grands animaux, qui a cicatrisé ses blessures réelles d’enfant abandonné. Patty raconte en riant que ce dernier, montait quand il était enfant sur les toits en criant qu’il voulait se suicider. Enfin Walter, qui part en voyage le temps de laisser Patty se débrouiller, redoutant plus que tout de se voir accusé de rapt d’enfant, lui qui revient de loin, et qui sait que l’Italie de Berlusconi n’est pas tendre avec les bohémiens. Des scènes fortes, comme l’arrivée des gendarmes pour un contrôle de routine font craindre le pire. Patty futée déclare qu’elle est en garde de la petite pour quelques jours, au profit d’une parente. Ou la scène finale où la « famille » se rassemble pour offrir des cadeaux à Asia, pensant à tort que la mère allait venir après avoir reçu une lettre de celle-ci…

J’ai appris en préparant cet article que Tizza Covi est photographe de formation ainsi, que le cosignataire du film Rainer Frimmel. Tous deux avaient réalisé un film documentaire sur le cirque de Walter et Patty en 2005 sous le titre Babooska. Ils avaient donc une connaissance intime de leurs personnages et du milieu où se déroule l’histoire du film. On ne parle bien que de ce qu’on connaît bien, le reste on doit le taire !

 

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