Le "milieu" du cinéma au Maroc

Publié le par Drinkel

Le  « milieu »  du cinéma marocain est particulièrement décevant. Je ne parle pas des œuvres produites et réalisées depuis l’indépendance  mais du milieu cinématographique au sens que Bourdieu donnait au terme de  champ c’est-à-dire les agents qui travaillent dans un domaine d’activité à un moment donné et les rapports qu’ils entretiennent entre eux ou avec d’autres champs.   Dans ce sens le champ du cinéma englobe  les cinéastes, les producteurs, les acteurs, les techniciens, les scénaristes, les responsables administratifs, les exploitants et distributeurs  ainsi que les critiques et les journalistes du cinéma. Ce champ existe bel et bien, même si aucune étude sociologique ne s’est penchée jusqu’à présent sur son étude de manière scientifique et documentée. Du reste une sociologie de la culture et des agents culturels fait défaut dans notre pays et les cultural studies sont balbutiantes chez nous en dehors de quelques travaux sur le monde de la musique. Je n’entends pas remédier à ces lacunes dans ce bref article mais attirer l’attention sur les relations conflictuelles qui opposent les uns aux autres les agents du champ cinématographique marocain et les effets négatifs que ces conflits de personnes (rivalités, volonté de puissance, mégalomanie et parano)  finissent par avoir sur la production et la création cinématographique proprement dite. Ces conflits ont pour souvent pour cause des raisons matérielles et pour le dire crument des raisons pécuniaires. Les acteurs se plaignent d’être exploités et mal payés par des producteurs et des cinéastes (qui sont souvent la même personne) peu scrupuleux du respect des normes internationales. Les cinéastes en veulent au CCM de faire du favoritisme et accusent les membres de la  commission d’aide à la production, d’être aux ordres et de favoriser les uns et marginaliser les autres. Les cinéastes se jalousent et  constituent des clans : les pionniers et les jeunes loups, ceux d’ici et ceux d’ailleurs et depuis quelques temps les « islamistes » et les laïcs. Et puis il y a les cinéastes de l’Ancien Régime, ceux qui étaient chouchoutés  à l’époque Basri et leurs ennemis de toujours qui entendent se venger des humiliations subies. Tel ancien directeur du CCM se trouve persona grata et tel distributeur et producteur autrefois vedette se trouve banni des activités du CCM. Et puis il y a les nouvelles instances dirigeantes désignées par le PJD  qui entendent imposer leur vision dans un domaine d’activité qu’ils connaissent mal et où ils ont peu de clients « sérieux ». J’étais effaré de lire un « critique » qui voulait citer Khatibi au sujet du film de Zinoun (femme écrite) et qui a dit que le film était adapté de La mémoire tatouée de Khatibi qui est comme on sait un récit autobiographique qui se déroule à El Jadida, Marrakech, Paris et Stockholm….En fait il voulait parler de La blessure du nom propre du même Khatibi où il est question de tatouage…

Cela me permet d’évoquer le rôle de la critique dans ce champ. (à suivre)  

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