La vie est à nous.

Publié le par Drinkel

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           Les cinéastes français ont apporté une contribution majeure au développement du film documentaire à travers quelques œuvres maîtresses. Je voudrais, suite à mon précédent article, évoquer quelques titres qui ont particulièrement marqué l’évolution du genre en France.

La vie est à nous de Jean Renoir (1936)

            Ce film fut à l’origine une commande du Parti Communiste Français pour sensibiliser l’opinion publique aux problèmes sociaux dans la perspective  de remporter les élections du Printemps 1936 qui devaient mener Léon Blum au Pouvoir (Front Populaire). Des écrivains et des cinéastes ont collaboré avec Renoir pour la réalisation de ce film (Paul- Vaillant couturier, Jacques Becker). Renoir venait de terminer Le crime de M. Lange, un réquisitoire acerbe contre le patronat. C’est la période militante de Jean Renoir qui culminera avec La Marseillaise (1938), et sa participation au film de Joris Ivens, Terre d’Espagne tourné à peu près  à la même époque.

            Si La vie est à nous est un documentaire au ton résolument militant, le film n’en est pas moins un témoignage historique et humain d’une très grande valeur. Renoir et ses collaborateurs ont traduit l’effervescence politique dans l’Hexagone où le mot d’ordre essentiel était à cette époque de lutter contre « les deux cent familles qui monopolisent la richesse de la France ». Le film commence d’ailleurs par un exposé de Marcel Cachin, directeur de l’Humanité,  au sujet des richesses matérielles et spirituelles de la France devant un auditoire composé de jeunes élèves de milieux modestes. Le but était  de susciter chez ces derniers une prise de conscience de l’écart entre cette richesse supposée et leur vraie condition… Renoir utilisera cette même démarche sans jamais céder au discours démagogique. Il décrit des situations concrètes de détresse individuelle, dénonce les abus et l’oppression et montre la manière d’y faire face. Des ouvriers se mobilisent pour exiger la réinsertion d’un travailleur injustement licencié pour cause de compression du personnel et obligent la direction à cesser ses contrôles abusifs du temps de travail…Une famille paysanne est obligée de vendre ses biens aux enchères pour pouvoir rembourser ses dettes sous peine de poursuites judiciaires. Les villageois s’unissent et participent aux enchères pour contrecarrer les acheteurs opportunistes et cyniques et rendent leurs biens à la famille endettée après la vente. Des militants viennent au secours d’un jeûne chômeur diplômé (à cette époque déjà ?) qui erre dans les rues de Paris après avoir quitté la femme qu’il aime parce qu’il ne parvient pas à la faire vivre décemment…

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            Renoir alterne des images d’archives et des scènes filmées pour les besoins du documentaire. La narration prend appui sur le courrier des lecteurs du journal l’huma. Outre son aspect démonstratif et militant La vie est à nous est en soi un document historique d'une grande valeur. Le Paris de gauche s’y montre dans toute sa splendeur. Les jeunes militants qui battent le pavé en distribuant des tracts, les dirigeants historiques du P.C.F qui enflamment les cœurs des sympathisants (Jacques Duclos, Marcel Cachin), une gigantesque manif antifasciste contre l’extrême droite après les attentats de février 1934 …

            En plus de sa valeur historique La vie est à nous est un beau poème visuel, dans lequel Jean Renoir en virtuose de l’image (on n’est pas fils d’Auguste Renoir pour rien) a su capter la beauté de ces belles années trente qu’il inscrit dans la plasticité de plans lumineux qui restent longtemps gravés dans nos mémoires. 

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Publié dans Histoire du cinéma

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