La plus belle danse du monde...

Publié le par Drinkel

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La ville de Buenos Aires a toujours exercé, même de loin, une fascination sur le public cultivé à cause de Borgès, de Cortzar, de Sabato, à cause du tango, à cause d’Evita Péron…  et bien d’autres choses encore. La situation géographique même de l’Argentine dans le cône sud, à l’autre bout du monde, lui confère un attrait, un mystère…On n’est pas loin de la terre du feu avec tout ce que ce nom a d’évocateur pour l’imagination, on est dans la pampa, plaine infinie, pays de grands éleveurs et de propriétaires terriens (hacendados), de gauchos   errants et solitaires…c’est dire que tout ce qui nous arrive de là-bas a une part d’attrait, de mystère, de nostalgie comme ces vieilles chansons de Carlos Gardel « qui chante de mieux en mieux » au dire des habitants de Buenos-Aires.

 

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Tout ça pour dire que j’ai eu un plaisir particulier à revoir le beau film de Robert Duvall, filmé en grande partie à Buenos- Aires et sorti en 2002. Il y a beaucoup d’inscription vraie dans ce film écrit, réalisé et interprété par l’acteur américain Robert Duvall et sa femme Luciana Pedraza  (tous deux  interprètent les principaux rôles). On ne parle  vraiment bien que de ce qu’on connaît et ce qu’on aime, et Robert Duvall était manifestement à l’aise en choisissant le thème du Tango et le pays de naissance de sa femme, l’Argentine, et un sujet en rapport avec les années de plomb qu’a connu ce pays dans les années soixante dix sous la dictature sinistre de Videla et des généraux fascistes. Le personnage principal est John Anderson, un tueur à gages new-yorkais qui fait ce boulot avec désinvolture et sérieux à la fois, pour vivre et entretenir sa femme et sa fille adoptive de dix ans qu’il chérit par-dessus tout. Un jour on lui confie une mission particulière : partir pour Buenos Aires pour abattre un général tortionnaire qui a pu jusque là échapper au filet de la justice malgré le retour de la démocratie en Argentine. La mission ne devait pas durer plus  trois jours  mais un accident de cheval du général a retardé  l' exécution du plan et obligé John Anderson a rester trois semaines à Buenos Aires, pour notre plus grand plaisirnous autres spectateurs, car nous découvrons avec  le héros  la ville mythique de Borgès, ses hôtels typiques et ses immeubles racés, ses grands boulevards et surtout ses célèbres clubs de Tango, comme cette école où on apprend à danser la fameuse danse et qui se trouve dans le même immeuble d’un club de boxe où se rend Anderson pour retrouver son contact dans la ville. Boxe, tango, crimes, tout ça rappelle l’atmosphère des contes de Cortazar, et on y prend vraiment plaisir comme dans l’univers du maître du fantastique.

 

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Ce film est d’abord un hymne à la musique de Rio de la Plata avec des sons  pleins de nostalgie  que la bandonéon distille dans l’âme de ceux qui dansent les milongas et valses, c’est-à-dire la danse la plus érotique et la plus sensuelle qui existe : le tango. Comme Anderson, on suit les pas de Luciana Pedraza qui nous initie  aux séquences de la danse ( pas de deux, de quatre, de huit…) et on se laisse emporter par le charme de l’atmosphère des corps élancés, du magnétisme des regards…L’interprétation de Robert Duvall est magistrale. On oublie pour un moment que le héros est un tueur, et puis on se dit il est là pour la bonne cause, qu’il va venger les mères de la place de Mai en éliminant une sale crapule…Le thriller est bien mené et le suspense est à son comble quand des flics mis au parfum viennent chercher Anderson dans sa chambre d’hôtel. Comme Arsène Lupin il arrive à semer ses tueurs  et changer de plan au grand dam de ses commanditaires. Au lieu d’abattre le général avec un fusil à lunette depuis un toit comme cela était convenu avec les commanditaires, il fait effraction dans la maison avec jardin  jardin du Général, l’abat froidement en lui présentant des fleurs en mémoire des victimes. Il s'était aupravant déguisé en portant une fausse barbe. Ce n’est pas vraiment un film politique même si l’arrière fond de l’histoire nous rappelle un épisode de triste mémoire, avec le témoignage de personnes qui ont vraiment connu les horreurs de la dictature,  c’est un thriller où un cinéaste se fait plaisir en rendant hommage à une ville et à une femme qu’il aime.

 

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