En regardant Pasolini...

Publié le par Drinkel

Retour en force de la cinéphilie après une éclipse qui n’a que trop duré. Pour moi c’est un signe de bonne santé qui ne trompe pas même si…L’une des vertus de la reproduction numérique des œuvres cinématographiques -une véritable révolution- est de nous permettre de re-visiter ou découvrir les œuvres des grands cinéastes). Pour les vrais cinéphiles c’est autant de promesses de bonheur…C’est toute la mémoire du monde qui se trouve désormais à notre portée. Pensez que vous pouvez revoir tout le cinéma noir américain,  Howard Hawks, Samuel Fuller, John Houston…Orson Welles, les œuvres de l’expressionnisme allemand de Pabst à Murnau et Fritz Lang,  le meilleur du cinéma français des années quarante et cinquante, les Resnais, les Renoir, les Clouzot, les Max Ophüls….

Pour ranimer votre cinéphilie suffit quelquefois d’un bon film et c’est ce qui vient de m’arriver en redécouvrant l’univers de Pasolini. Entourée d’une réputation sulfureuse l’œuvre de Pasolini n’a pas toujours eu l’accueil qu’elle mérite dans notre pays…Et je dirai même que rares sont les cinéphiles qui connaissent la filmographie du grand cinéaste italien. Ses films ne sont pas aussi connus chez nous que les œuvres de Fellini, Visconti ou Rossellini. Et il faudrait beaucoup de courage à un distributeur pour faire venir ses films qui ont suscité de terribles polémiques en Italie et dans les autres pays où ils furent  projetés…Pourtant Pasolini n’est pas tout à fait inconnu chez nous et le Maroc a servi en partie de cadre à son Œdipe roi , de même qu’il y a tourné un court métrage en 1966.

Donc cette semaine j’ai revu Accatone, un sublime film en noir et blanc que Pasolini avait tourné en 1960 dans les faubourgs populaires de Rome. Ce premier essai fut un coup de maître, dans la meilleure veine du néo-réalisme italien, au même niveau  que Rome ville ouverte (Rossellini) ou Le voleur de bicyclette (Vittorio de Sica). Pasolini cerne de près la vie de ces jeunes marginaux qui vivent en banlieue (une double marginalité sociale et spatiale) et dont la soif de bonheur n’a d’égal que la dureté de leur condition. Avec humour ils affrontent les problèmes  quotidiens en  faisant place à  l’imagination et quelquefois  au passage à l’acte pour survivre dans l’univers impitoyable de l’après-guerre. Souteneurs, prostitués, receleurs, la petite délinquance est la seule issue qui leur est offerte par un ordre social profondément  injuste, que Pasolini ne cessera toute sa vie de dénoncer. Mieux qu’une thèse de sociologie sur la vie dans les faubourgs ( ces suburbs tant étudiés dans la sociologie américain) Accatone  est un témoignage très humain où l’auteur ne fait pas mystère de sa sympathie pour cette jeunesse pleine de vie…La caméra remplace ici le questionnaire et scrute l’âme des personnages dans la droite lignée d’une sociologie compréhensive. Pasolini a le sens de l’espace qu’il humanise et nous  fait découvrir par le biais de personnages authentiques. Impossible d’oublier le regard de ces gosses dans la maison ou Accatone fait travailler Maddalena pour son compte…De même les cafés, les terrasses nous deviennent familiers car d’emblée nous sympathisons avec ces vitelloni  qui tuent le temps dans l’humour et l’amitié. L’acteur principal du film, Franco Citti, frère du cinéaste Sergio Citti qui a co-écrit les dialogues du film, et tout simplement prodigieux et vous donne envie de suivre son histoire.

Et comme un bonheur ne vient jamais seul j’ai revu cette même semaine Ostia dont Pasolini a écrit le scénario et qui fut tourné justement par Sergio C Citti…Et ce film est d’autant plus émouvant qu’on y voit la plage où Pasolini va être assassiné cinq ans plus tard. (A suivre).

 

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