Ciné-épiciers...

Publié le par Drinkel

            La question du cinéma marocain faisait partie de manière  intrinsèque du projet de culture nationale émancipée que l’élite éclairée de l’après indépendance rêvait pour le pays. L’image cristallisait les désirs des intellectuels et du public progressiste  dans les années soixante et soixante dix  comme en témoignent les écrits de cette époque (Souffles, Lamalif, Cinéma 3). Disons le clairement : l’émergence du cinéma marocain faisait partie du projet révolutionnaire comme la littérature, la peinture, la philosophie et les Sciences Sociales. Est-ce la raison pour laquelle les pouvoirs successifs ont tous cherché à mettre la main sur ce secteur pour le contrôler, le diriger et finalement le dénaturer. Gageons que les pouvoirs ont réussi à récupérer nombre de cinéastes et d'intellectuels autrefois réputés pour leur dévouement à l'art en utilisant l’appât du gain et de l'arrivisme au point qu’ils sont devenus  méconnaissables pour ceux qui les ont connu avant…Car le cinéma, art de la transparence ne peut servir de paravent pour les mystificateurs (terme qui était très à la mode en 1970), et les opportunistes finissent tôt ou tard par se dévoiler.

            Disons le clairement : l’argent a pourri le septième art dans notre pays. La course effrénée que certains cinéastes mettent pour confectionner des scénarios « bidons » à la veille de la réunion de la fameuse commission du CCM est là pour le prouver, et les résultats ne tardent pas à se manifester  au Roxy lors du festival du cinéma dit national, rendez-vous annuel de plus en plus contestable. Et on peut sans exagération reprendre la formule que le cinéaste espagnol Bardem avait lancée autrefois pour parler du cinéma de son pays : « Le cinéma marocain est politiquement inefficace, socialement faux, intellectuellement infirme, esthétiquement nul et industriellement rachitique ».

            L’argent devient ainsi l’affect négatif qui explique tout, les amitiés et les inimitiés, les succès et les ratages, les coups de gueule et les satisfecit…On parlait autrefois de « cinépiciers » pour désigner les distributeurs et exploitants qui ont été les fossoyeurs du secteur après l’indépendance (des deux cent cinquante salles « héritées »combien reste-il aujourd’hui ?). On peut étendre ce néologisme à une bonne partie du champ cinématographique marocain y compris les faux critiques. (àsuivre).

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