A Tanger bientôt.

Publié le par Drinkel

tangier filmLe choix de la ville de Tanger pour abriter le festival annuel du film marocain est une heureuse initiative et augure d’un avenir plein de promesses pour le cinéma national. La ville du détroit, de par sa position géographique et sa riche histoire est un carrefour où se croisent des cultures et des civilisations et semble représenter le creuset idéal pour toutes les formes de métissage et de syncrétisme culturel. Le cinéma marocain semble s’acclimater de manière bénéfique à ce terreau où convergent des apports multiples : legs andalou, tradition berbère, culture américaine (beat génération, Paul Bowles…), art européen (Matisse), littérature arabe (Choukri…). La prochaine édition du festival qui aura lieu dans deux semaines (du 23 au 30 janvier) sera sans doute un moment fort pour apprécier et évaluer à leur juste valeur les œuvres qui ont été réalisées durant l’année 2009 (la dernière édition a eu lieu en Décembre 2008). D’ores et déjà et sans préjuger de la valeur des films, on peut constater un renouvellement générationnel puisque cinq films sur quatorze longs métrages (les films en compétition) sont des œuvres réalisées par de jeunes cinéastes (entre trente et quarante ans).150x200 (3) 150x200 (1)Parmi les nouveaux venus on peut citer Mohamed Mouftakir avec son film Pegase (ce jeune cinéaste a été déjà primé pour des courts métrages, notamment son Chant funèbre, 2007), une allégorie très sensible où la musique joue un rôle prépondérant. Parmi les jeunes on peut citer les frères Noury (Imad et Swel) qui en sont à leur second métrage the man who sold the world, une adaptation de la nouvelle de Dostoivsky intitulée Un cœur faible. Les fils Noury ont été nourris au cinéma dès le berceau, père réalisateur, mère productrice et signent ensemble leur films (ce sont nos Coen brothers en quelque sorte…). Il y a aussi le jeune Hicham Ayouch (né en 1976) qui présente son second long métrage, Fissures. Venu du journalisme et du documentaire il fait partie lui aussi d’une famille de cinéastes dont on connaît le plus célèbre, Nabyl ayouch, le réalisateur de Ali Zaoua et Mektoub. Parmi les nouveaux venus, il faut citer Mohamed Lyounssi dont le court métrage La jarre a été primé dans de nombreux festivals au Maroc et à l’étranger. Histoire d’un lutteur mchaouchi qui sera présenté en compétition au festival de Tanger est son premier long métrage. De son côté, le réalisateur Mahmoud Frites dont le thriller Nancy est le monstre a été remarqué dans une précédente édition du festival revient avec un nouveau film « Ex chamkar » qu’on peut traduire par ex clodo. C’est encore la belle Majdouline qui incarnera le premier rôle…Attendons pour voir. 150x200Des cinéastes plus connus comme Latif Lahlou (l’un des pionniers du cinéma marocain) ou Mohamed Ismail et Hassan Benjelloun reviennent cette année avec de nouveaux films dont les thèmes s’inspirent apparemment de problèmes sociaux du Maroc d’aujourd’hui : problème des diplômés chômeurs dans le cas du film de Mohamed Ismail (Oulad Lblad), entendez les fils du pays, ou le thème de l’immigration clandestine dans le cas de Hassan Benjelloun (Les oubliés de l’histoire), ou le problème de l’émigration à rebours dans le film de Latif Lahlou (La grande villa). Driss Chouika quant à lui revient sur les fameuses années de plomb et cherche à restituer l’atmosphère particulière de cette période à travers les « destins croisés » d’un groupe de militants, d’où le titre du film. De son côté, le monteur Abdelkrim Derkaoui (un autre pionnier faisant partie des diplômés de l’Ecole de Lodz au début des années soixante dix) et qui est passé depuis à la réalisation présentera ses « Chroniques blanches », une réflexion sur l’acculturation et la confrontation de ceux qui ont vécu ailleurs avec les réalités de leur pays une fois revenus. Des cinéastes moins connus tels Ismael Saidi ou Hicham Ain Lhayat participeront avec de nouveaux films, « Ahmed Gassiaux » pour le premier et Chatiment pour le second. Je n’en dirai pas plus en attendant de les voir. Enfin un film collectif « Terminus des anges » signé par trois réalisateurs, Narjiss Nejjar, Hicham Lasri et Mohamed Mouftakir, sera présenté comme triptyque. Les réalisateurs sus mentionnés livrent leurs réflexions dans ce film sur le problème du sida (à ne pas confondre avec le film de Téchiné portant le même titre). Cette brève présentation du programme de la compétition officielle en longs métrages montre tout l’intérêt de la prochaine édition du festival de Tanger. Le jury cette année sera présidé par l’ivoirien Timité Bassoré, un ami du Maroc que les cinéphiles ont apprécié lors de sa participation au dernier festival du cinéma africain à Khouribga.mchaouchi2 Il sait faire preuve de retenue et de détermination et ce sont là les qualités requises d’un Président.

P.S. Le tenue du festival coïncidera avec le premier anniversaire de la disparition du cinéaste Driss karim. Pionnier du cinéma marocain militant dont Les enfants du Haouz, un documentaire réalisé d’après une enquête sociologique du regretté Paul Pascon, a marqué toute une génération de cinéphiles. Driss Karim avait choisi l’exil faute de mieux, à un moment où il n’était guère facile d’être cinéaste. Installé à Paris, ce natif de Tanger (1938) continuera à travailler pour la télévision française tout en nourrissant le rêve de revenir faire des films au Maroc. Il avait réussi à obtenir l’aide du CCM pour tourner un projet qui lui tenait à cœur, Retour à fez. Mais le destin en a décidé autrement, Driss Karim a brulé la chandelle des deux bouts et est mort prématurément, comme bien des artistes sincères et dévoués à leur art. Je conserve de Karim l’éclat de son rire franc, sa gentillesse non feinte et sa générosité de cœur. Que tous ceux qui l’ont approché aient pour lui une pensée à l’occasion du prochain festival dont la fin coïncide presque jour pour jour avec sa disparition.

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